8ème forum citoyen,Santé,19 janvier 2008

Le système de santé et de soins

Ordre du jour :

Le Système de Santé et de Soins:
Prévention, Soins, Solidarités, quelles évolutions ? *

Déroulement de la journée:

9 h : Accueil par Pierre COHEN et Nadine MILHAUD, coordinatrice des groupes de travail citoyens;

9 h 30 : Témoignages :

Professionnels de la Santé ;
Mutuelles pour bas revenus ;
Exclusions Soins & Santé1

10 h 30 : Ateliers :

Atelier 1 : prévention
Atetier 2 : stress et pénibilité au travail
Atelier 3 : refonder le système de soins

11 h 30 : Interventions de Mmes Claude Touchefeu, Vice-Présidente du Conseil Général et Catherine Lemorton,
députée, rapporteure pour la mission d’évaluation des comptes de lasécurité sociale (MECSS), Responsable du groupe pour le projet de loi de finances de la sécuritésociale (PLFSS).

12 h 15 : BUFFET

13 h 30 : Comptes-rendus des ateliers

14 h : Intervention d’André Cicollela, Responsable de l’Unité d’évaluation des Risques Sanitaires à l’INERIS(Institut National de l’environnement industriel et des risques):synthèse-prospective, propositions.

15 h : Débat avec la salle et André Cicolella, Pierre Cohen et Catherine Lemorton.

16 h : Conclusion par Pierre Cohen député de la troisième circonscription




Ouverture du forum

Pierre Cohen, député de la 3ème circonscription de Toulouse ouvre le forum et passe la parole à Nadine Milhaud, coordinatrice des groupes de travail.

« L’avenir du système de santé est une urgence politique parce qu’il est un acquis social primordial aujourd’hui en danger. C’est pour cela que nous en avons fait le sujet du forum.

1- C’est un acquis social récent

Il permet d'assurer à tous et le plus longtemps possible la meilleure santé, dans le cadre d’un système solidaire. A sa création, en 1945 (dans le cadre plus général de la protection sociale et de la sécurité sociale) la logique qui prévalait était celle d'une mutualisation des risques de type assurantielle pour tous les travailleurs, avec des caisses par branches. Mais, ces ordonnances de 45 visaient à jeter les bases d’un système unique à vocation universelle, avec une part accrue de solidarité de nature à renforcer la cohésion sociale.
L’évolution s’est faite, effectivement, dans le sens d’une couverture universelle indépendante d’une activité, avec l’intervention sociale directe des pouvoirs publics (locaux et nationaux par le biais de contributions, taxes ou impôts) et la création de mutuelles complémentaires[1] destinées à couvrir la part non remboursée par la sécurité sociale. Mais le système des branches et des caisses n’a pas ou peu évolué.(Mesdames TOUCHEFEU et LEMORTON évoqueront ces questions). La gestion de ce financement est aujourd’hui répartie entre les partenaires sociaux et les pouvoirs publics : le parlement vote le financement.

2-Le système de santé est aujourd’hui en difficulté

Il accuse un déficit important et récurrent.


Cette évolution vers une couverture indépendante de l’activité, dont on ne peut que se féliciter, les progrès scientifiques et techniques et l'évolution des mentalités ont permis une grande amélioration de la santé dans les pays développés : On vit mieux, plus longtemps et en meilleure santé.
La contre partie, une montée en charge importante des dépenses de santé est, un réel sujet d'inquiétude que nous ne pouvons ignorer, car il en va de l’avenir du système dans son ensemble. Pour l’année 2005, le déficit de la sécurité sociale était évalué à 11, 6 milliards par la commission des comptes de la Sécurité Sociale dont 8,4 milliards pour la branche maladie[2].

3-Le système de santé est mis en danger par les choix politiques du pouvoir en place.

On stigmatise la « sécu »
Le déficit important permet aux responsables politiques de stigmatiser le système de santé et plus précisément la « sécu » ; appuyés en cela par les médias qui leur emboîtent le pas. Ils parviennent ainsi à créer une représentation simpliste de cette question, qui prépare l’opinion publique à accepter les réformes qu’ils souhaitent imposer : déremboursement, franchises dites médicales au prétexte de « responsabiliser les malades » qui sous entendu sont irresponsables, etc …
On se garde de présenter des analyses précises et on procède à une gestion purement comptable du déficit et les mesures prises ne vont pas dans le sens d’une plus grande solidarité mais bien davantage vers celui d’une privatisation et du chacun pour soi.

Il faut trouver de l’argent sinon le système disparaît, et au seul prétexte que ce déficit est lié à des abus, on décide de responsabiliser les patients : on dé-rembourse, on met des franchises que l’on dit médicales mais qui en réalité sont des franchises sur les soins. Diverses mesures destinées à faire rentrer de l'argent, ont été prises sans se préoccuper des difficultés que cela engendre chez les personnes démunies. Si le gouvernement avait osé il aurait demandé une franchise de 100 euros comme dans le système des assurances voitures.
La solution consiste-t-elle seulement à combler le trou, à payer la dette, ou à tenter de voir comment maîtriser les dépenses de santé tout en assumant les besoins en matière de soin ?
Est-il pertinent d’envisager l’économie et la gestion du système de santé comme celle d’un ménage : on ne dépense pas plus que ce que l’on encaisse !
Alors même que ni la santé, ni les soins ne sont des biens de consommation.

4-Maîtriser les dépenses tout en assumant les soins nécessaires passe par une analyse précise des problèmes et par une réorganisation en profondeur du système.

Il s’agit de prévoir, d’évaluer ces dépenses, de s’interroger sur les causes de leur augmentation en examinant la situation et le système dans leur totalité.
Il faut en parallèle s’interroger sur les modes de financement et en particulier sur la ou les façons de diversifier l'assiette de ce financement.

Des tentatives d’améliorations ont été faites mais le plus souvent dans le sens d’une maîtrise comptable, au coup par coup : on fait on défait comme si on s’interdisait de poser le problème dans son ensemble.
Le but de ce forum est de nous permettre d’avancer dans l’analyse de ces questions. Nous avons retenu trois direction de travail : la prévention, le stress et la pénibilité au travail, refonder le système de santé.

a) La maîtrise des dépenses passe d’abord par la prise en compte et le développement de la prévention.

La prévention ou comment mieux protéger notre santé pour diminuer la nécessité des soins? ‘(voir les rapports des ateliers 1 et 2)
Notre santé est aujourd’hui mieux prise en charge et elle est améliorée par nos modes de vie, par la nature et par la qualité des soins .
Nous vivons plus longtemps et en meilleure forme, les maladies infectieuses ont été enrayées ou pratiquement ...(voir l’exposé d’André CICOLELLA) et nous constatons une évolution semblable dans les pays émergents.
Des réserves cependant pour tous ceux qui vivent dans une grande pauvreté, dont bien souvent la santé est défectueuse et pour lesquels l'accès aux soins est essentiel et bien souvent difficile[3]. (des réserves aussi lorsqu'on entre dans le 4ème âge.) L’adéquation et la qualité des soins sont bien souvent défectueuses et très coûteuses pour des effets sur lesquels on peut s’interroger).
Mais dans le même temps,
- certains modes de vie et le stress qu'ils peuvent engendrer en particulier au travail ,
- la dangerosité de nos environnements[4], de certains lieux de travail[5] ,
- les nouveaux comportements sociétaux relatifs à la nourriture, aux addictions diverses qui touchent les jeunes et les moins jeunes ,
peuvent être la cause, et pour certaines cela est déjà prouvé, de diverses pathologies chroniques ou d'affections de longue durée qui commencent à faire l'objet de prévention (cancers, hypertension, diabète, maladies cardiovasculaires, obésité, …) .

La prévention est un choix politique qui nécessite tout à la fois une organisation générale et une éducation de chacun : individus, entreprise, soignants …
- Comment éduquer et inciter les individus à prendre en charge leur propre santé, mais aussi celle de leurs enfants et de leurs proches?
- Comment incite-t-on les entreprises à pratiquer la prévention au travail ?quel rôle de la médecine du travail? (atelier 2)
- Que font les politiques en matière de prévention? Non seulement dans l'organisation de la prévention mais aussi dans des choix politiques destinés à nous protéger ? (ateliers 1 et 2)

b) La maîtrise médicalisée des dépenses restera cependant insuffisante sans la remise en cause de la structure et de l'organisation du système de soins

qui nécessite à n'en pas douter de nombreuses transformations. [6] (voir rapport atelier 3)
Ce système est d’autant plus complexe qu’il s’appuie sur un système mixte « public-privé » tant pour ce qui concerne le financement que les personnels et les centres de soins.
- Un financement est mixte : pour partie assuranciel géré par les partenaires sociaux et un financement public (des collectivités territoriales et de l’état)
- Des praticiens libéraux et des praticiens publics tous rémunérés sur les fonds de la solidarité nationale et celle des travailleurs et des entreprises. Tous ont droit d’être conventionnés. Mais par contre, ceux qui travaillent en libéral peuvent choisir les dépassements d’honoraires et ils ont aussi le libre choix d’installation
- Des praticiens généralistes et des spécialistes dont il faut absolument définir et repérer de façon précise les compétences et définir le statut et les missions de chacun dans le système
- L’organisation des soins est aussi très diverses : soins de proximité
par des médecins traitants privés, ou spécialistes qui sont rémunérés en réalité comme des fonctionnaires, centres de soins départementaux et régionaux, publics et privés (hôpitaux et cliniques) .

c) La maîtrise des dépenses de santé passe aussi :

- par l'éducation, la formation et la responsabilisation de tous les acteurs;
- par l’évaluation des pratiques et des divers types d’organisation: la confrontation et les échanges de pratiques, leurs évaluations ainsi que l'évaluation des dispositifs de soins sont aussi des éléments importants de l’évolution et de la responsabilisation des acteurs;
- par la formation des praticiens : une formation initiale qui imprime de bonnes pratiques, telles que l’ordonnance des génériques, l’éducation des patients à la prise en charge de leur santé ou de leurs affections peut influer de façon non négligeable sur la responsabilisation et la maîtrise des dépenses ; tout comme une formation continue tout au long de la vie indépendante des laboratoires et industries pharmaceutiques.

d) Cette maîtrise des dépenses passe par la mise à distance de l'industrie pharmaceutique[7] :

une industrie pharmaceutique que des pratiques lucratives conduisent à une recherche à très long terme qui ne produisent plus de nouvelles molécules mais qui proposent des médicaments nouveaux dans leur présentation et leur enrobage qu’ils distribuent à prix élevés alors même que les génériques existent et que l’efficacité de ces nouveaux produits reste à prouver. Un moyen pour financer leurs recherches d’un nouveau type qui est donc assumé par la collectivité. Alors même que les recettes ne sont pas partagées !

En conclusion


Aujourd’hui, diverses institutions ont été crées pour prévoir, proposer, engager et suivre ces réformes Haute Autorité de Santé, Agences Régionales Hospitalières, certains processus de réforme sont aussi engagés, des lois sont votées, certaines fois les décrets sont sortis et les grandes lignes sont définies, mais la mise en œuvre tarde. Elles concernent par exemple la prévention, l'organisation des soins et la rationalisation des centres hospitaliers ….

Cependant, la question de l’élargissement de l’assiette de financement est rarement posée, or elle est aujourd’hui vitale, car la demande et la nécessité de soins ira croissant avec les progrès.
Nous citoyens nous devons nous approprier ce dossier afin de nous donner les moyens de réagir et d’informer autour de nous. C’est pour cela que nous sommes ici.

Pour l’instant le financement est assuré par les taxes sur le travail, les taxes diverses sur les ménages et les impôts. Ce financement pèse beaucoup, sans doute trop sur le travail (salariés et patronat) qui est notre seule vraie richesse.
Mais pourquoi tous les produits du travail ne sont-ils pas concernés ? Par exemple les recettes provenant des parachutes dorés, les stocks options ? La cour des comptes par la voix de M.Seguin a fait savoir que, si on taxait les stocks options et les parachutes dorés, qui sont des produits liés au travail, le trou actuel de la sécu serait pratiquement comblé !

Pourquoi les rentes, ne participent-elles pas davantage de l’effort collectif de solidarité, alors qu’elles ne produisent rien d’autre que de la finance ? Pourquoi?

Il est de notre engagement citoyen d’être très attentifs à ce qui advient des grands principes de solidarité, d’accès aux soins pour tous, de la qualité des soins pour tous. Les parlementaires doivent assumer leur pouvoir de contrôle de l’exécutif et il importe que nous soyons à leur côté pour les y aider.
Nous sommes réunis ici pour cela
. »


Nadine MILHAUD
Présidente de l’association CITO 3ème

Bibliographie :

  • Le défi des épidémiologies modernes comment sauver la sécu en changeant le système de santé (André CICOLELLA) éditions La découverte. collection Sur le vif (avril 2007)Le mythe du trou de la sécu (Julien DUVAL) éd. Raisons d’agir (3ème trimestre 2007

  • Le nouveau système de protection sociale (Jean-Claude BARBIER et Bruno THERET) ed ; la découverte collection Repères (février 2004).

  • Comment (vraiment) sauver la Sécu (et si les usagers s’en mêlaient ? l’exemple des médicaments (Philippe PIGNARRE éd. LA Découverte collection Sur le vif (mars 2004).

  • La santé n’est pas un droit (manifeste pour une autre médecine) (Guy VALLANCIEN) Ed Bourin (mars 2007).

  • Rapport du conseil économique et social : « le financement de la protection sociale (26 décembre 2007) Rapport de la cour des comptes « La sécurité sociale » septembre 2007

Légende:

[1] voir témoignage agir 31, mutuelles bas revenus
[2] A noter tout de même que le solde a été positif dans les année1999, 2000 et 2001
Peut être à cette époque là l’état payait-il ses dettes à la sécu ! Le caractère conjoncturel des ’épidémies joue aussi un rôle.
[3] voir témoignage de l’association de la miséricorde’ foyer du may sur exclusion soin et santé
[4] Voir sur Arte, mardi 11 mars 2008 « le monde selon Monsanto »
[5] Voir sur France 2 jeudi 13 mars 2008 documentaire envoyé spécial « infrarouge par Paul Moreira et Virginie Roëls « Travailler à en mourir »
[6] voir témoignage maison de garde de la Faourette
[7] Le monde du 16 janvier 2008 « les prescriptions des médecins contestées » enquête de l’UFC Que choisir qui met en cause la pression exercée par les visiteurs médicaux.


Témoignages :

Des professionnels de la santé, mutuelles pour bas revenus, exclusions soins & santé témoignent:
  • Les Maisons Médicales de Garde, La Faourette, par Dr Frédéric Pozzobon;

  • Deux médecins généralistes, Dr Anne Ayoub-Delbreilh et Dr Jean-Marc Huygh;

  • L'Association de "la Miséricorde" pour l'insertion, par Alain Biscans, Directeur;

  • Le Groupe Santé Mutualisation, par Arlette Ladoue, Association Agir 31.
  • Les diaporamas des témoignages sont communiqués à la demande.

Comptes rendus des ateliers :


Atelier 1: Action et Prévention

Les actions de prévention primaire paraissent reposer sur deux axes :

-l’un, correspondant à la recherche de modifications de comportements individuels pour une préservation et reconstitution du capital santé ; ces actions visent un allongement de la durée de vie
-l’autre,reposant sur des actions MACRO relevant des champs institutionnel et politique pour ce qui concerne les risques technologiques la pollution ….

La prévention des risques individuels

Ces actions, à visée individuelle, sont assez largement diffusées par les média notamment et s'inscrivent dans des plans de santé publiques à partir d'une priorisation des risques ; elles sont parallèles au système de santé encore essentiellement curatif.

On constate une accélération de ces actions depuis 1980, associée à la lutte contre l'infection par le VIH et une prise de conscience des enjeux de la prévention, avec des succès tels ces quelques exemples :

-la lutte contre les agents infectieux par la vaccinations des enfants , l’éradication de la polyo et la recommandation d'hygiène et de bon sens ( se laver les mains jeter son mouchoir …).
-une plus grande protection / VIH dans certains milieux ,mais vigilance à maintenir notamment chez les jeunes ;
-la diminution régulière de la consommation du tabac et de l’alcool : par exemple, le nombre de litres d’alcool ,par an et par habitant, est passé de 26 en 1961 à 13 en 2006.

Cependant il y a maintien des risques ++ par alcoolisation fœtale et ,chez les jeunes, avec les « défonces » de week end, qui peuvent marquer une entrée dans l'addiction.

Un paradoxe résulte de la progression des actions de prévention qui creusent des disparités de santé car plus on est instruit et plus on est réceptif et sensible à la prévention : par exemple , l'obésité est inversement proportionnelle au niveau de diplôme et au niveau de vie.

On note que chaque comportement comprend :

-une composante individuelle et collective de représentation ( ex valorisation de l'alcool dans certains milieux ) ;
-une composante sociale ( intégration / exclusion )
-un facteur lié à l'environnement ( accès facilité à un produit , offre très large de consommation qui augmente les tentations)

Les actions de prévention sont donc pluri factorielles et complexes et elles visent, par une démarche éducative, à donner des repères, éduquer , informer ,en s'attaquant :

-aux risques ,en lien avec les pathologies à éviter ;
-à certaines populations : jeunes, femmes enceintes, migrants ….
-milieux de vie: écoles entreprises rôle important des enseignants par le développement de l'estime de soi et de l'esprit critique
-territoires : bassin de vie à développer

Elles doivent délivrer des messages compréhensibles en s'attachant aux codes culturels des publics visés et en délivrant des modes d'emploi simples et non stigmatisant
donner les clés pour comprendre en évitant la peur et la moralisation

Pour le court terme, il ne pas multiplier les thèmes risque de saturation contre productif
cibler les grandes causes de mortalité santé mentale des jeunes nutrition tabac alcool contraception (2/3 des iIVG concerne des femmes sous contraception )

Un autre paradoxe,réside dans les progrès de la médecine pastorienne qui ont fait perdre les reflexes ancestraux de prévention.

source INPS , Pr Philippe LAMOUREUX

La prévention des risques technologiques

La prévention vise une amélioration de l'environnement car la pollution technologique présente des risques majeurs pour la santé, tout particulièrement chez les enfants ; elle a notamment un impact sur la fertilité masculine.

Sont concernés, les secteurs de l'industrie, les transports , la pollution industrielle et agricole, les déchets, la qualité agro alimentaire , la qualité des logements, ce qui renvoie en grande partie aux chantiers du grenelle de l'environnement.

On est impressionné par la jungle des produits, des recommandations, des directives ; ce champ est complexe et opaque pour les non initiés et il est également une arène ouverte pour quantité de débats contradictoires où se mêlent études sérieuses et interprétations scientifiques et où s'opposent des positions foncièrement antagonistes (industrie chimique et militants verts par ex) ; dans ce contexte, l'Etat ne joue ni la transparence ni la détermination pour accélérer les changements de production.

Au niveau collectif,Il faut initier des actions de réflexion et de sensibilisation et des interpellations par l’intermédiaire de groupes de pression, syndicats, partis politiques, auprès de la communauté européenne ,de l’assemblée nationale, des députés, du préfet et de la DRIRE /SPPI et de son secrétariat permanent pour la prévention des pollutions industrielles.

A l'échelle du citoyen, il faut commencer par jardiner sans pesticides,sélectionner les produits alimentaires les plus naturels possibles en évitant les composés à risques comme les "acides gras trans" dans les matières grasses hydrogénées et s'intégrer, pour ceux qui le souhaitent, dans des mouvements de défense.

Par Christian GUILLANG


Atelier 2 : Stress et Pénibilité au travail

Résumé des idées évoquées et propositions aux parlementaires.

Une définition de la pénibilité et du stress au travail proposée : « le déséquilibre entre les contraintes imposées par l’environnement et les ressources propres pour y faire face ».
Cette définition fait référence à des situations qui combinent les tâches répétitives, l’absence d’autonomie et les contraintes de temps.

Les effets du stress sont à la fois de nature physique et psychologique. Les études montrent qu’il peut avoir un impact très important sur les systèmes nerveux et immunitaires, d’où le développement de graves maladies.

L’état des lieux aujourd’hui. Il n’existe pas encore de mesures quantitatives de stress au travail mais des études faites en 2000, 2003 et 2005 montrent une prise de conscience accrue des souffrances de millions de travailleurs. Les maladies professionnelles augmentent de 50% entre 2000 et 2006 pour un taux annuel moyen de 7.6%. Plus de 60 % des consultations médicales sont directement ou indirectement liées au stress.
En Europe 28% des personnes se disent touchées par le stress au travail et davantage les femmes que les hommes. Le coût du stress professionnel représente 200 milliards d’€ par an en Europe en frais de santé, temps de travail perdu et perte de productivité.
Il faudrait que les entreprises qui font de grands profits au détriment de la santé des salariés soient pénalisées car elles font supporter par l’Assurance Maladie les soins qui sont de leur responsabilité seule. C’est la privatisation des profits et la collectivisation des charges ensuite.

Une approche préventive et plutôt que curative. Il est important de ne pas confondre Santé au travail et Soins suite à une maladie déclarée. Il faut donc s’intéresser et mettre en place les conditions de la santé au travail car normalement le travail doit être un facteur d’épanouissement et non une cause de maladie.

Dans la fonction publique le problème du stress au travail n’est pas pris en compte par la législation. La dépression nerveuse pour stress au travail n’est pas reconnue. Les délégations de services publics au privé posent le problème de l’emploi qui n’est plus contrôlé.

Dans le privé également, il est de bon ton de penser que tout bon cadre doit être stressé. On voit des cadres incompétents mais très résistants au stress.

Rôle de la médecine du travail. Le problème est qu’elle est financée par les entreprises et que les médecins sont donc dépendants des patrons. Il serait donc indispensable que les médecins, pierre angulaire du système de santé au travail, soient indépendants (exemple de l’amiante). Les médecins qui sortent sur le terrain sont toujours en conflit avec les employeurs et s’exposent à des sanctions. Les deux mondes coexistent mais cela s’arrête là.
Les plus grandes inégalités sont dans l’espérance de vie selon les métiers. On ne veut pas parler des cancers professionnels.

Rôle de l’inspecteur du travail. Il conseille et informe les employeurs en même temps qu’il contrôle l’application du droit du travail. Ces deux casquettes sont contradictoires. Par ailleurs ils sont en nombre très insuffisant. Il faudrait donc en recruter davantage et séparer leurs rôles.

Rôle des syndicats. On peut s’interroger sur le rôle des syndicats dans ce domaine car aujourd’hui ils semblent être plus orientés sur les rémunérations que sur les conditions de travail et la solidarité vis-à-vis des souffrances individuelles.

Pourquoi en est-on arrivé là ? La dégradation profonde du vivre ensemble. La solitude face à l’arbitraire. Autrefois les syndicats scellaient les solidarités. Aujourd’hui la prédominance du modèle individualiste, la peur du chômage et l’effritement de ces solidarités isolent les travailleurs quel que soit leur niveau hiérarchique.
A gauche on se sent démuni face à la puissance patronale.

Pistes de propositions aux parlementaires:

Réfléchir aux conditions de travail et à son organisation dont les méthodes de management inspirées des Etats unis et du Japon, pour assurer une rentabilité maximum, peuvent être destructrices de l’humain.

Faire payer aux entreprises les plus pesantes sur le système de santé publique les soins des pathologies qu’elles provoquent aux salariés.

Rendre indépendants les médecins du travail.

Cesser les injonctions paradoxales du contrôle et de l’emploi des inspecteurs du travail.

Légiférer car même à gauche le législateur est discret.

Par Chantal VELLA


Atelier 3 : Refonder le système de soins

Les participants reformulent le thème de cet atelier ainsi : « refonder le système de soins en changeant le système de santé ». Les questions essentielles dans ce débat sont les suivantes :

- Le système actuel de soins est-il efficace ? Est-il de qualité ? Est-il lisible ? Est-il solidaire ?
- Quelle évolution du système de soins dans le quotidien ?
- Que mettre sous l'expression "système de santé" ?

Faisant alors appel à l'expérience, à la réflexion de chacun des membres de l'atelier de nombreux témoignages sont présentés sur le système de soins d’où se dégagent la vision d'un très grand nombre d'acteurs et l'impression d'une grande complexité, appelant un examen d'ensemble.
On propose de classer ces interventions dans quelques rubriques, selon leur angle d'attaque, et de retenir plutôt la formulation interrogative.

Le Patient citoyen…

Est-il objet de tous les soins ?..Est-il éduqué à l'être ,citoyen ?
Dispose-t-il de l'information nécessaire face à la multiplicité et à la rapidité des changements ? Les mutuelles qui contribuaient à la lisibilité du système de soins en sont empêchées par manque de moyens (suppression des aides : financement de locaux, détachement de personnels permanents).
Comment faire évoluer les mentalités du patient gourmand d'ordonnances bien remplies (et souvent indicateur de sa propre prescription face au médecin) ? Comment faire baisser la consommation médicamenteuse ?
Comment sensibiliser aux risques de l'automédication (favorisée par le ticket modérateur, les franchises, les déremboursements) ?
Comment lutter contre le recul du recours au système de soins chez les publics jeunes et chez les marginaux, recul facteur de la dégradation de la santé globale du pays ?
Face au pouvoir du médecin, quel est le pouvoir propre du patient (être libre... par principe) ?
Quelle est la réalité du contre-pouvoir d'associations de patients extrêmement dispersées ? Ne faudrait-il pas qu'elles se fédèrent
- comme dans le secteur médico-social,
- comme ce collectif inter-associatif sur les maladies nosocomiales (qui révèle les inégalités dans la qualité des soins dispensés sur un territoire) ?

Le Médecin…

Le généraliste (référent, traitant) avant le recours au spécialiste, est-ce une avancée ? Peut-être pour le riche (bien éduqué, bien informé...).Le paiement à l'acte est-il encore acceptable ? Ne concourt-il pas à la "culture de l'ordonnance" et à l'inflation des actes ?Ex : scanner prescrit pour lombalgie et inutile pendant un délai de trois mois après la survenue de l'affection.
Le forfait ne serait-il pas préférable ?
Quelle légitimité aux dépassements d'honoraires ? Les médecins les justifient par l'augmentation de leurs cotisations d'assurance alors que les plaintes des patients à leur endroit sont très rares. On pourrait pourtant les limiter (ces dépassements) par le recours au déconventionnement... Encore faudrait-il que le patient dénonce les abus !
Le serment d'Hippocrate suffit-il ? Apparemment, non ! Faut-il contrôler davantage le médecin ? Mais comment ? Mais par qui ?
Retour sur le pouvoir du médecin, donc! Pouvoir sur le patient (ex : droit du patient à mourir dans la dignité), pouvoir (corporatisme) sur la société (ex : est-il acceptable que les gardes médicales... ou dentaires relèvent du volontariat du praticien ? Est-il acceptable que le médecin ait totale liberté d'installation ?)

L’Industrie Pharmaceutique…

Nous constatons l'importance de ses profits... d'autant multipliés qu'elle bénéficie -gratuitement- des résultats de la recherche publique... d'autant qu'elle multiplie des spécialités (molécules voisines voire identiques) pour un supplément douteux d'efficacité.Ex le traitement de la DMLA (dégénérescence maculaire).GENENTECH met au point –avec succès- un produit dont le coût "tombe" rapidement de 300 à 30 € par injection. Un sous-laboratoire retravaille la même molécule et livre un produit à 1200 € l'injection (traitement 1 fois tous les 45 jours pendant 2 ans). L'autorisation de mise sur le marché est accordée à ce produit et refusée à celui qui coûte 30 €...!
Nécessité d'une incitation plus forte à la prescription/consommation de génériques. Ex :en Belgique, si on refuse les génériques, la cotisation d'assurance maladie augmente !
Nécessité d'adapter le conditionnement de médicaments à ce que nécessite le traitement ; pas de gaspillages.

Des éléments de planification dans le système de soins…

Une planification pour dépasser le conflit de statut entre une pratique médicale libérale à l'origine et la mise en place ,à la Libération, d'un système socialisé de prise en charge des soins : la SECU…A ce titre nous souhaitons :

- une bonne articulation généraliste/spécialiste...et qui n'entraîne pas de gaspillage des moyens !
- une couverture médicale équivalente sur le territoire en terme de :
>maillage (ville/campagne ; différents quartiers de villes ; secteur libéral et secteur médico- social),
>qualité des soins, ce qui renvoie à la liberté d'installation des médecins autant qu'aux quota de leur formation ("numerus clausus").
- une médecine généraliste reconnue comme médecine de spécialité (revalorisation !).
une réduction des coûts par intervention du secteur associatif :Ex l’Oeuvre belge du cancer : (transport du malade au centre de soins par un bénévole formé à cet effet).
- des "permanences de soins" pour accueillir et orienter les patients, par exemple vers une "maison médicale de garde" et éviter le recours intensif à l'hôpital ou au généraliste.

Les risques de privatisation du système de soins…

Ils sont d'autant plus évidents que le pouvoir actuel ne cesse d'invoquer le spectre du "trou de la SECU"... alors même qu'il assèche ses ressources (allègements de "charges" sociales mal/pas compensées)... alors même qu'on ne fait reposer ces ressources que sur le travail ( sans toucher au capital).
Ils sont d'autant plus réels qu'un "marché" de 200 milliards d'euros est de nature à aiguiser des appétits libéraux : Ex .proposition des assurances privées pour créer une 5ème branche de l'assurance maladie reposant uniquement sur les cotisations volontaires des particuliers.
mais aussi résistance de médecins (nombreux ?) et d'organisations de patients face à cette perspective.

Un « système de santé »…

Alors nous préconisons :

- un système de qui pose la primauté du préventif (éducation à la santé) sur le curatif !
- Une politique générale de santé !

Oui, mais quel courage dans l'action publique pour définir et mener une telle politique ?
Des experts de la santé existent... même au PS (Claude PIGEMENT)... depuis longtemps... qu'on ne ressort qu'au moment des élections !...
Et quid des "Etats Généraux de la Santé" ? Quel diagnostic, quelles propositions de notre part ?


Par J.G. CARANOBE et L.VIGLIENO


Interventions

Intervention de André Cicolella : Le Défi des épidémies Modernes

Pour André Cicolella, membre de la commission Santé des Verts, les sociétés modernes sont confrontées à une véritable épidémie de maladies chroniques:
cancers, maladies cardio vasculaires, obésité et diabète, allergies, affections mentales....
Or elles sont très largement évitables, car elles sont la conséquence de notre mode de vie et de
notre environnement. Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, elles sont responsables de 86%
des décès et représentent 77% des cas de maladies en Europe. Elles sont ainsi devenues la cause
majeure de la crise des systèmes de santé dans le monde. En France la "Sécu" a certes permis
l'accès au soin pour tous, mais elle n'arrive pas à répondre à cette crise. Et au nom de la lutte contre le "trou de la Sécu",on cherche donc à convaincre les Français qu'il faudrait remplacer le principe de solidarité par une logique individualiste d'assurances privées.
Mais les solutions libérales sont une illusion, comme le montre André Cicolella dans cet essai
rigoureusement argumenté:elles ne répondent pas à la question et ne peuvent, au contraire que faire empirer la situation .A l'inverse, explique- t'il , il est possible de surmonter la crise en agissant sur les causes environnementales et comportementales des maladies et en sortant du "tout médicament".
Et aussi en réinventant un système de santé de proximité ,un financement plus juste et en instaurant une véritable démocratie sanitaire. Bref, en refondant un véritable système de santé et pas seulement un système de soins.

1) Introduction

La première révolution de Santé publique a été à la base de la fin des grandes épidémies dans les pays développés. Prenons l’exemple du Choléra :
-1832: 100 000 morts en France 20 000 morts à Paris sur 600 000 habitants
-Dernière épidémie en France : Paris, Marseille, Toulon 1884-1885 puis 1892-1894
Ces résultats ont été obtenus grâce aux progrès scientifiques tels que ceux de Pasteur(1822-1895),à la première loi sur la santé publique (loi de 1902),aux actions sur l’environnement avec la mise en place des réseaux d’adduction d’eau et des réseaux des égouts, .à l’amélioration de l’habitat sans oublier l’éducation hygiéniste (aération, lavage des mains).Ces résultats ont aussi et surtout ont été atteints avec l’amélioration du niveau de vie et au développement du syndicalisme (loi de 1884) et des droits sociaux.

2) Situation

2.1) Déclaration OMS sur les maladies chroniques 11 sept 2006 :

*86% des décès et 77% de la charge de morbidité sont dus aux maladies non transmissibles en Europe: maladies cardio-vasculaires, cancer, problèmes de santé mentale, diabète sucré, maladies respiratoires chroniques et troubles musculo-squelettiques rencontrés dans les nouvelles conditions de travail.
il serait possible d ’éviter
* 80 % des maladies cardiaques, des accidents vasculaires cérébraux et des cas de diabète de type 2
* 40 % des cancers …
Il donc nécessaire de mener « une action globale pour freiner cette épidémie »
Le gouvernement français a signé ce document de l’OMS mais ne met pas en œuvre aucune des recommandations.

2.2)Evolution de la mortalité en France: la transition épidémiologique
De 1906 à 1990 la mortalité pour :
-les maladies infectieuses et parasitaires est passée de 20% à 1% environ
-les maladies cardiovasculaires est passée de 15% à 35 %
-le cancer est passée de 4% à 28%

En 2006 la mortalité liée au cancer atteint 35 % et dépasse désormais celle due aux maladies cardiovasculaires ;en effet de façon claire , il y a en 20 ans un accroissement de 63% de nouveaux cas de cancer en France dont 28% sont dus au changement démographique et 35% liés à l’environnement. Par ailleurs le tabac et l’alcool qui sont des facteurs de risques réels sont en diminution et ne peuvent plus tout expliquer. En 20 ans les cancers liés à l’alcool ont diminué de 50% chez les hommes et de 11% chez les femmes. Il est aussi prouvé qu’il n’y a pas de lien entre la consommation de tabac et le cancer du sein et de la prostate.

2.3) Affections de Longue Durée (ALD) en France source CNAM(1994-2004)
Les maladies cardiovasculaires, les cancers, le diabète et les affections mentales représentent 77% des dépenses nouvelles en 2004. 12% de la population en ALD représente 60 % des dépenses. Dans un futur 2020-2030 75% de la population sera en ALD représentant minimum 90% des dépenses.

2.4) Convention d’Objectifs et de Gestion Etat-CNAM Août 2006

1) Maîtrise médicalisée des dépenses de santé
2) Développer une offre de services homogène sur l ’ensemble du territoire : meilleure maîtrise des délais de remboursement des feuilles de soins électroniques…
3) Renforcer la performance et l ’efficience globale de la branche : maillage du réseau d ’accueil de proximité pour une égalité de traitement ...
Aucune mention de la situation sanitaire et de la croissance des ALD !

2.5)Cancer et Environnement:

2.5.1) Position des Académies de Médecine et des Sciences (2007) :ces Institutions biaisent leurs enquêtes ,en voici quelques illustrations
× Causes avérées: études épidémiologiques sélectionnées (« Oubli » de l’étude du CIRC sur le cancer de l’enfant) et calcul de Risque attribuable
× Données toxicologiques non prises en compte, notamment aucune discussion sur les Perturbateurs Endocriniens (1996 Colborn).
× Pas d’Evaluation des Risques. Non prise en considération de la relation dose-effet sans seuil
× « Extrême importance des facteurs individuels »
× Causes non identifiées : 85 % des cancers chez les non-fumeurs

2.5.2)Les travaux publiés au niveau international de l’OMS montrent aujourd’hui
- 1 cancer su 3 est lié à des facteurs héréditaires associés à des environnements partagés
- 2 cancers sur 3 sont liés à l’environnement

2.6)L’épidémie d’obésité :

En France nous sommes passés de 5% d’obèses en 1980 à 18,4% en 2004 avec une accélération constatée au cours des dix dernières années :1997 :8,2 % 2000 : 9,6% 2003 11,3% 2006 12,4%
L’obésité accroit d’un
- d’un facteur 9 le risque d’être atteint du diabète de type 2
- d’un facteur 3 le risque d’accidents cardiovasculaires

2.7) Maladies neuro dégénératives

* Maladies d’Alzheimer, de Parkinson, Sclérose latérale amyotrophique …Mort des cellules neuronales par nécrose ou apoptose
Les techniques éprouvées « Registres de jumeaux Suède » montre que 52% des causes sont d’origine environnementale
*Autisme et pesticides (rapport Roberts 2007 EHP)
-Risque jusqu’à 6 fois plus élevé pour les pesticides organochlorés émis dans une zone de 500 m (exposition entre les jours 26 et 81 de la grossesse)
-Pas de lien avec les autres pesticides

2.8)L ’espérance de vie progresse en France , mais elle présente des facteurs majeurs d’hétérogénéité
-en Aveyron (1er) l’espérance de vie est de 80,6 ans alors que dans le Pas de Calais (96ème) elle tombe à 76,1 ans
-le taux d’obésité varie fortement en fonction des professions ;ce taux est de 16% pour les artisans et commerçants, de 13% pour les ouvriers et les agriculteurs, de 11,7% pour les employés, de 8,3% pour les cadres et les professions libérales et enfin de 15,5% pour les retraités.
-Il y a une plus grande surmortalité chez ouvriers et les employés par rapport aux cadres et professions libérales ,cette surmortalité s’est accrue en 8 ans en particulier dans le domaine des tumeurs, des maladies cardio-vasculaires et du diabète

3)Notre environnement a changé

3.1)Alimentation
* Sel :25 000 morts par hypertension, cancer de l’ estomac….( source AFSSA)
En France la consommation journalière moyenne est de 10 g/j avec 40% de la population consommant de l’odre 12 g/j Valeur recommandée 6g/j
La réduction de 30 % Sel entraîne une diminution de 22% de risques d’Accidents vasculaires cérébraux, et une diminution de 16% du risques d’ Infarctus du Myocarde
* Sucre : La courbe des décès dus au
diabète suit la courbe de consommation
de sucre par an et par habitant.
* Matière
grasse : Production de grandes quantités d’aliments raffinés, de forte densité calorique et de faible densité nutritionnelle, riches en graisses, sucre et sel, de faible coût entraînent l’accroissement des Maladies cardiovasculaires, diabète, cancer
Légumes et fruits :les analyses menées en 2004 montrent que plus de 50% des légumes et des fruits contiennent des résidus de pesticides excédents les normes alors que seulement 2% à 3% des produits Bio
* Eau de consommation :Il est constaté en France la présence de pesticides dans 96 % de la ressource en eau surface et 61% dans les nappes .De 1994 à 2003 le nombre captages abandonnés à cause de la pollution aux nitrates et aux pesticides a été multiplié par un facteur 4.
3.2) Pollution chimique : 97 % des substances non évaluées
sur 100 000 produits chimiques seulement 3% sont évalués sous l’angle des propriétés Cancérogènes, Mutagènes, Reprotoxiques

3.3) Environnement intérieur:
plus pollué que l ’environnement extérieur
Légionelle- Moisissures- Allergènes d ’acariens- Allergènes d’animaux domestiques Amiante Fibres minérales artificielles- Perturbateurs endocriniens – Plomb- Ethers de Glycol: Solvants des produits à l’eau: peintures, encres, lave-vitres…cosmétiques,

Un très grand nombre d’études montre que les insecticides, les désodorisants, les pesticides dans la maison font accroître d’un facteur 3 à 9 le risque de leucémies chez l’ enfant ainsi que le risque de tumeurs du cerveau.
L’exposition au DDT et aux produits qui l’ont remplacé accroissent d’un facteur 5 le risque de cancer du sein et de la prostate.

3.4Travail:
* précarité, intensification du travail ont accru le taux de dépressions, d’atteintes mentales avec des suicides sur le lieu de travail. Les Troubles Musculo Squelettiques liés aux conditions de travail,à l’ergonomie des postes, au stress deviennent une problématique majeure.
* Risques chimiques :
a) Amiante : la plus grave crise de sécurité sanitaire, près d'un million de travailleurs exposés à des substances cancérogènes en France
b) une récente estimation indique que les conditions de travail entraîne de l’ordre à 10-20% cancers

3.5)Pollution urbaine :impact sur la mortalité( Résultats issus du rapport Cohen et coll 2005 )
-3% Maladies Cardio-vasculaires
-5% Cancer (trachée, bronches, poumons)
-1% infections respiratoires aiguës (enfants<>

3.6)Environnement médical
3.6.1) Traitement hormonal pour les femmes dans la période 55ans-64 ans
La France est le 1er consommateur mondial avec les USA d’hormones soit 3 fois plus que les Pays Bas et la Norvège(Source Lancet 2003).Ces traitements accroissent significativement le risque de cancer du sein ;celui est amplifié d’un facteur 8 avec la co exposition avec les solvants des vernis à ongle.
3.6.2) Rayonnements ionisants National Research Council Juin 2005
-Toute exposition à des radiations peut causer un dommage cellulaire qui peut conduire à un cancer
-Exposition 1/3 plus élevée que la norme 1 rem (ou 10 millisieverts [mSv]) = 8,46 cancers pour 10 000.(vous retrouvez ici les problèmes rencontrés à l’Hôpital d’Epinal, de Rangueil.. )
3.6.3) Progrès médicaux : Sortir de la panne d ’innovation afin de prescrire efficacement: en 15 ans, sur 3129 nouveaux médicaments : 2 « Bravo » , 2140 « N’apporte rien de nouveau » .Les Effets secondaires des médicaments sont mal évalués
3.6.4) Maladies nosocomiales : celles ci sont contractées en milieu hospitalier lié aux réseaux de distribution de l’eau chaude et aux réseaux de filtration de l’air ;dans les deux cas l’entretien de ces réseaux est insuffisant, ou difficilement accessible ,ou/et avec un personnel mal formé.

3.6.5) Publicité : en 20 ans les dépenses de publicité pour les produits alimentaires ont doublé ; aujourd’hui ceci représente 2 milliard d’euros de publicité pour la « mal bouffe »

4)PASSER D’UNE LOGIQUE DE SOIN A UNE LOGIQUE DE SANTE


4.1)Evolution des Dépenses de Santé dans le monde en % du PIB de 1970 à 2004
1970 2004
France 5.4% 10,2% Ce tableau amène les remarques suivantes sur la
USA 6,4% 15% maîtrise des dépenses de santé :les Pays Scandinaves
Japon 4,2% 8% voient leur % faiblement augmenter voire quasi stables
Finlande 5,6% 7,7% alors que les USA,la France et le Japon ont doublé ce %
Suède 6,6% 8,2%
Danemark 8% 8,2%

4.2) le « Trou de la Sécu » Déficit constant depuis 1989

4.2.1)Une même stratégie ….et une même critique depuis 30 ans !
-maîtrise comptable :diminuer les remboursements et augmenter les cotisations
-maîtrise médicalisée : des initiatives telles que la « campagne antibiotiques » sont faites mais la démarche est insuffisante la logique purement curative n’est pas remise en cause; la stratégie de diminution de l’offre sous couvert de sécurité est maintenue et amplifiée au détriment des actions préventives.
-Un faux prétexte ?
-Dettes de l’Etat : 5,9 Mrds € en 2006, prises en compte en 2008
- Exonérations de charges 23,6 Mrds € en 2006, contre seulement 3 Mrds € en 1993
-Impact du chômage
4.2.3) Les dernières réformes ou la stratégie du pourrissement
-Plan Douste-Blazy :Déficit 2004 « abyssal » : 11,6 Mrds€
-Principales mesures
* Dossier Médical Personnalisé : 3 Mrds ; Fraude aux ALD 1 Mrd ; 1 € /feuille de maladie…
* Médecin traitant / Fin du médecin Référent
* Tous les pouvoirs à l’Etat via l’UNCAM
-Franchises :
-Candidat Sarkozy : lier le montant des franchises au niveau du déficit
-Bachelot : pour le plan Alzheimer et le plan cancer

4.2.4) Opération de la Mutuelle MMA
-Remboursement partiel de la cotisation à ceux qui n’auraient pas dépensé un certain plafond.
-Président MMA « Nous sommes au début d’un remaniement de l’offre d’assurance en matière de santé. Le produit de base qui rembourse la consultation chez le médecin devient inadapté face à l’envolée des coûts et l’accroissement des transferts sur le budget des familles » Le Monde, 17/10/06.
-Jouer les jeunes contre les vieux, les malades contre les bien-portants

4.3) Les bases de l’offensive libérale
-OMC : libéralisation des services repris par l’Union Européenne dans ses objectifs, recul partiel mais nouveau projet à partir du droit sur la circulation des patients

-La « corporatisation » des hôpitaux publics est un mouvement mondial, développé sous l’impulsion de la Banque mondiale avec l’approche de la Tarification à l’activité sans prendre aucun critère de qualité des soins.

4.4) Le scénario Hollandais qui sert d’exemple au gouvernement français
le Système Hollandais mis en place en 1942 était très similaire au Système « Sécu » français
-Réforme du 1/1/2006: privatisation de la couverture non ALD. Les caisses sont transformées en assureurs privés et mises en concurrence avec le systèmes de Primes d’assurance et non plus des cotisations avec les Garanties de non-sélection par le risque.
-La couverture des ALD reste publique, mais la question a été envisagée publiquement

4.5) Expérience de la Finlande :le poids de la prévention et du changement de comportement
-Des dépenses de santé en diminution :En Finlande les dépenses de Santé sont passées de 1970 à 2004 de 5,6% à 7,5% alors qu’au même moment en France elles ont évolué de 5,4% à 10,5%
-En 25 ans en Finlande la mortalité annuelle due aux coronaropathies chez les hommes a chuté de 65 %.En 1970 90% de la population de Carélie du Nord consommait principalement du beurre sur le pain contre 7% seulement en 2006,la consommation de légumes prenant le pas sur la précédente.
-Réduction de 30 à 35% des apports en sel, au cours des 30 dernières années

-Fumeurs hommes 52 % en 1972 , 31 % en 1997

5) POUR UNE 2ème REVOLUTION DE SANTE PUBLIQUE pour une logique de maîtrise sanitaire
Hippocrate v. 460 - 377 av. J.-C «
Pour approfondir la médecine, il faut considérer d'abord les saisons, connaître la qualité des eaux, des vents, étudier les divers états du sol et le genre de vie des habitants » Esculape et ses filles Hygié pour la prévention et Panacée pour les soins.
-Le système de soins responsable de 15 à 20 % des progrès de l’espérance de vie
- Agir sur les causes environnementales et comportementales des maladies

5.1) Refonder la prévention
Agir sur les causes
-Environnementales sur la base du principe de précaution
- La santé est présente dans toutes les politiques publiques: Environnement… mais aussi Agriculture, Consommation, Industrie, Education, Urbanisme, Logement, Transport……
nommer un Haut Fonctionnaire de Santé dans chaque ministère
-Comportementales
-Permettre à chacun d ’être acteur de sa santé et avoir une action permanente Education pour la santé

5.2) Un Système de santé de proximité pour une égalité d ’accès aux soins et une offre de soins coordonnée
-Développement des Maisons de santé et Centres de Santé : 1er niveau de territoire de santé
-lieux de soins, mais aussi d’éducation et de prévention
-réponse à la crise de démographie médicale (zones rurales , mais aussi zones sensibles)
-Des hôpitaux et maternités de proximité supports de politiques de santé territoriale

5.3) Répondre à la crise de l’Hôpital
-Moratoire sur la T2A,ce système favorisant la fuite vers le privé des opérations rentables
-Remise en cause de la conception Hôpital Entreprise
-Nouvel indicateur de gestion intégrant pratiques innovantes et environnement
-Une organisation favorisant le travail collectif et l ’éducation des malades

5.4) Une politique du médicament d ’innovation et non de rente
•Atteindre le niveau européen moyen, aujourd’hui en France les dépenses marketing sont 3 fois plus élevées que celles des Pays Bas.
•Développement d ’une information indépendante, des génériques, de la prescription en DCI ….
•Mettre fin au système de visiteurs médicaux :aujourd’hui en France les dépenses marketing sont deux fois plus élevées que les recherches médicales
*Sortir de la panne d ’innovation afin de prescrire efficacement: en 15 ans, sur 3129 nouveaux médicaments : 2 « Bravo » , 2140 « N’apporte rien de nouveau »

5.5) Reconnaissance du pluralisme thèrapeutique
-40 % de la population ont fait appel aux Médecins Non Conventionnés
-Reconnaissance des Médecines Non Conventionnelles (MNC) au sens du rapport Lannoye au Parlement Européen
-Evaluation de toutes les pratiques
-Développement de la recherche
-Prise en compte du rapport de l ’OMS sur les médecines traditionnelles

5.6) Refonder le financement
-Mettre fin au dettes de l’Etat, versement complet des taxes sur tabac et alcool
-Application du principe pollueur-payeur à d’autres facteurs de risque (« gabelle », gras, sucre, pesticides, publicité…)
-Elargissement de la CSG à tous les revenus

5.7)Lutter contre le Cancer
-Continuer la lutte contre tabac, alcool …..mais aussi sédentarité et « malbouffe »
-Soutien à REACH renforcé; application aux cosmétiques
-Diminution de la consommation de pesticides; favoriser l’agriculture bio
-Substitution des substances classées CMR (Cancérogènes, Mutagènes et Reprotoxiques) + Perturbateurs Endocriniens
-Lutte contre la pollution extérieure et intérieure

5.8) Principe Pollueur Payeur
Les Pays Bas, la Norvège, le Danemark et la Suède ont taxé de 54% les pollueurs de pesticides ,ceci s’est traduit en 10 ans par une réduction de plus 50% les teneurs en pesticides.

5.9) Lutter contre l’obésité
-L’impasse des solutions classiques :les soins de ville et les dépenses pharmaceutiques se sont accrues respectivement de 27% et de 39% pour des résultats très modestes voire inefficaces comme cela est établi par La Revue Prescrire

« En 2006, la médecine apporte des progrès modestes pour la perte de poids des patients obèses. La prise en charge reste centrée sur le régime hypocalorique associée à une activité physique modérée ».

Vers un Plan National Nutrition Alimentation:
-Développer l’exercice physique: opérations Pedibus (ramassage à pied des enfants), pistes cyclables, pratiques sportives…
-Education : expérience Fleurbaix-Laventie : stabilisation du taux d’obésité en 10 ans
-Education pour la santé :le rôle des maisons de santé est important pour suivi des ALD,en effet aujourd’hui 50 % des diabétiques ne suivent pas les prescriptions

Institutionnaliser l’alimentation Bio à l’école:
-Cantine scolaire Bio
-Interdiction distributeurs en milieu scolaire
- Santé Scolaire rénovée

Mettre en place le processus pollueur/payeur avec la taxation pour les produits alimentaires contenant des excès de sel,de sucre,de matière grasse et aussi et surtout la taxation de la publicité sur ces produits alimentaires.

Signalé :

-Le defi des économies modernes, par André cicolella, 2007, Edition La Découverte.

http://www.contaminations-chimiques.info/?2007/05/15/50-le-defi-des-epidemies-modernes-par-andre-cicolella

-Video avec André Cicolella, un plan ville-santé à Limoges.

http://www.dailymotion.com/video/x44btf_andrecicolella


Débat général et cloture du forum

Résumé des échanges et propositions aux parlementaires:

A
la suite de l’exposé magistral de M. Cicolella, les questions ont porté surtout sur les moyens de modifier le système de santé et les comportements actuels des citoyens.

Si l’auditoire est convaincu de la nécessité d’élaborer un système de santé, qui soit d’abord de l’ordre de la prévention, de passer d’un système où l’on s’intéresse essentiellement aux besoins curatifs des individus à un niveau général de santé publique, la question des moyens pose problème.

Madame Catherine Lemorton, député de la Haute-Garonne, a ouvert les débats en soulignant qu’une taxe sur les produits, en particulier alimentaires, de moindre qualité et parfois nocifs pour la santé – éventualité évoquée pendant l’exposé - pénaliserait les populations précaires qui en sont les plus grandes consommatrices.

Par ailleurs l’opinion est saturée d’interdits et d’injonctions comportementales ( ne pas fumer, ne pas boire d ‘alcool, mais boire telle quantité d’eau quotidienne, absorber 5 fruits et légumes par jour etc.) et le problème est de trouver un équilibre entre une information efficace, c’est-à-dire entraînant des effets positifs, et ces impositions qui, sous leur forme actuelle, sont souvent ressenties comme insupportables ?

D’autre part, les projets afin de modifier certaines de nos habitudes de vie quotidienne par l’information et l’éducation s’opposent aux intérêts de puissants lobbies : les milieux industriels, l’industrie pharmaceutique…Et la publicité vise en particulier les groupes les plus malléables (personnes fragiles ou moins informées, les enfants, les adolescents).

En dehors des individus et des médecins, plusieurs partenaires interviennent donc, et n’ont manifestement pas les mêmes intérêts. Le concept de « santé publique » est le plus souvent absent des discussions sur les moyens dont dispose notre système de santé.

En prévention, l’on s’adresse à une population majoritairement en bonne santé, donc apte à recevoir une information, à condition de travailler avec elle et non de donner aux gens le sentiment que l’on travaille contre eux et leur mode de vie.

Au niveau collectif, il serait donc judicieux de voir quels sont les comportements qui peuvent être acceptés et mis en œuvre dans la vie quotidienne. L’éducation bien sûr et d’abord celle des enfants est fondamentale et peut être en partie réalisée par l’intermédiaire des cantines scolaires.
Les « maisons de santé » semblent réussir leur engagement à créer un « bassin de vie », où les soignants réalisent ce travail de prévention et de soin, à la satisfaction des usagers et des également semble-t-il des soignants.

Du côté des industriels, il est possible de les enjoindre de modifier certaines pratiques ( moins de sel dans les aliments), de demander au gouvernement de lutter contre certains procédés des laboratoires de pharmacie qui s’appuient sur le coût de la recherche pharmaceutique pour laisser sur le marché des médicaments qui ne sont que des copies inutiles.

Il y a lieu également de chercher quels moyens de pression seraient utiles pour que la France applique les préconisations faites par l’OMS à l’Europe en 2006.

Dernière remarque : dans ce débat il a été beaucoup question de d’environnement et on a laissé de côté le problème des conditions de travail : travail de nuit pour les femmes, les pathologies spécifiques à certains métiers (cancer du sein plus fréquent chez les hôtesses de l’air) ; toutefois il n’y a pas de barrière entre ces deux secteurs.

En conclusion, il paraît nécessaire et urgent d’élaborer un plan de système de santé mettant en œuvre les connaissances actuelles, et de trouver les moyens de le réaliser.
Pour conclure Madame Catherine Lemorton répond positivement à une proposition d’un « Grenelle de la santé » et rappelle qu’il y a déjà eu des « Etats généraux de la santé ».

Pour que notre système de santé individuelle soit efficace et moins onéreux, il est indispensable de travailler au niveau collectif. Si la journée a été riche en informations, en échanges d’idées, et s’il existe un consensus sur le projet, le plus difficile est de trouver et faire partager les solutions.

Cloture du forum par Pierre Cohen, député de la 3ème circonscription de Toulouse, ce 19 janvier 2008.

* les Actes du forum peuvent être téléchargés à "Liens signalés"

















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